IA : jusqu’où peut-elle vraiment vous aider à aménager votre terrasse, votre balcon ou votre cour ?
L’IA émerge dans notre secteur d’activité. Sur la photo, une cour parisienne de charme, foisonnante de végétation. Tout est en fleurs et, sous la lumière dorée, un petit salon de jardin en rotin parfaitement dimensionné, sur lequel traînent négligemment un plaid immaculé et un livre en hiéroglyphes. Le tout abrité par une tonnelle en lévitation, sur laquelle s’épanouit un généreux bougainvillier ne prenant racine nulle part…
Cela vous parle ? Si vous êtes à la recherche d’idées pour votre aménagement paysager, vous avez certainement croisé l’une de ces scènes sur la toile, mais jamais en vrai… Et pour cause : ces clichés parfaits sont la signature de Claude, ChatGPT ou encore Midjourney.
Ça n’a échappé à personne : nos sociétés modernes voient ces outils d’intelligence artificelle générative prendre une ampleur exponentielle dans une variété infinie d’usages.
Comment l’IA est-elle en train de bouleverser nos métiers de paysagistes ?
S’il existe un consensus, plus ou moins large, sur l’avancée que l’IA représente dans le domaine de la recherche médicale, certains s’inquiètent, en parallèle, de son manque de sens critique et d’intuition sur des sujets sensibles, mais aussi des dérives liées à l’appropriation du travail d’artistes non mentionnés ni rétribués. Qu’en est-il pour les professionnels du paysage ?
Nos métiers sont complexes et riches ; ils requièrent créativité, technicité et lucidité, mais également des qualités d’écoute, d’analyse et de communication, nécessaires au bon déroulement des projets. Il paraît logique de penser que cet équilibre de savoir-faire ne s’égale pas en un prompt, quand bien même serait-il parfaitement rédigé.
Un phénomène naissant
Nous avons commencé à recevoir, de la part de clients et dès l’étape de nos premiers échanges, des intentions de projet entièrement générées par IA, sous forme de photos réalistes, parfois accompagnées de listes de plantes.
Nous faisons alors preuve de pédagogie, car bien souvent, ces images très vendeuses, réalisées à partir de quelques mots-clés et de peu de contexte, représentent des idées soit impossibles à mettre en œuvre en pratique ou bien très convenues, sans panache.
Une incapacité évidente lorsque l’on y regarde de près
Dans ces réponses visuelles artificielles, les aménagements sont particulièrement denses, sans cohérence quant aux saisons de floraison ou aux matériaux employés, et sans tenir compte des conditions réelles d’ensoleillement, de prise au vent, de charge admissible, etc.
Cela donne le sentiment divin que tout est possible : une pergola en pieux de bois façon cabane sur un toit-terrasse venteux, un olivier centenaire dans l’ombre d’une cour exiguë et, pourquoi pas, un balcon couvert de grimpantes jusqu’au plafond sans avoir l’espace pour les planter ? Autre biais déjà constaté avec les images 3D, l’impression d’un végétal quasi-objet, impeccable, éthéré, sans aspérité, immuable ; alors que tout nous savons tous que les plantes sont vivantes, sujettes à la maladie, aux prédateurs et ont des existences et comportements individuels.
Avec l’IA, il n’existe aucune limite apparente et la machine numérique ne contredira jamais son « prompteur ». Pire, en essayant de le satisfaire à tout prix, elle donnera à voir des choses insensées.
Les paysagistes conçoivent en s’adaptant à des situations et en essayant de conjuguer solutions créatives, défis techniques et respect de la nature, le tout dans une enveloppe budgétaire définie avec le commanditaire.
Comment Balcoon utilise l’IA à ce jour ?
Si l’IA est loin de faire le travail à notre place de paysagiste-concepteur (et encore moins à la place de nos jardiniers-paysagistes) — et cela nous ravit —, elle peut néanmoins s’avérer utile dans notre quotidien.
Ai-je fait corriger ce texte par ChatGPT ? Absolument ! Nous lui faisons confiance pour la grammaire et la syntaxe, tout comme nous pouvons confirmer avec lui certains choix techniques appliqués à des situations bien précises. On admettra volontiers l’emploi de l’IA pour accélérer certaines réponses de mail, pour produire les comptes-rendus de suivi de chantier ou de réunions et leurs analyses et se libérer d’avantage de temps pour ce qui compte à nos yeux : la naissance et la mise en place de nos idées du papier au chantier !
Un paradoxe et un dilemme pour les paysagistes
Enfin, il est important de souligner le terrible paradoxe que constitue l’utilisation d’un outil énergivore, véritable catastrophe écologique, à des fins de création d’espaces de nature en ville, hôtes de biodiversité, censés contribuer à réparer ou à amoindrir les effets du réchauffement climatique. Ne serait-ce pas un serpent qui se mord la queue ?

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